21° 9’ 51’’ SUD, 45° 22’ 34’’ EST.

D’après notre GPS, nous sommes au milieu de nulle part. Ni routes, ni habitations à des kilomètres à la ronde mais de hauts plateaux et de profonds canyons qui dessinent le paysage. Pourquoi alors mener une expédition scientifique dans ce monde coupé du monde, dans ce « monde perdu » de Madagascar ?

Madagascar est une île ancienne où la faune et la flore ont évolué en vase clos pendant des millions d’années, à l’origine d’une biodiversité remarquable dont l’endémisme est l’un des plus élevés au monde. En 1771 déjà, Philibert Commerson déclarait : « C’est à Madagascar que je puis annoncer aux naturalistes que c’est la véritable terre promise. C’est là que la nature semble s’être retirée dans un sanctuaire particulier pour y travailler sur d’autres modèles que ceux auxquels elle s’est asservie ailleurs. Les formes les plus insolites et merveilleuses s’y rencontrent à chaque pas ».

Mais depuis l’arrivée de l’homme, il y a 2 000 ans, cet équilibre précaire a été progressivement déstabilisé. À l’époque, Madagascar est recouverte de 90 % de forêt – lui donnant le surnom d’île verte. En 1950, seuls 50 % de la végétation restent encore debout. L’île verte laisse alors place à l’île bleue, la forêt primaire à la forêt secondaire. Aujourd’hui, le couvert forestier représente environ 10 % de la surface de Madagascar – nous voici à l’époque de l’île rouge.

Phase itinérante de l’expédition sur les hauts plateaux du Makay.

 

Cette situation à double-face – une biodiversité élevée qui pâtit d’une forte pression anthropique – fait de Madagascar l’un des 35 points chauds (hotspots) de biodiversité de la planète et une priorité mondiale en termes de protection de la nature. Parmi les derniers refuges naturels malgaches, encore peu explorés et exploités, le massif du Makay est un cas singulier.

 

Enchevêtrement de canyons, un paysage caractéristique du massif du Makay.

 

De par ses caractéristiques géologiques – un massif ruiniforme façonné par des millions d’années d’érosion – et sa situation géographique – au croisement des influences Est et Ouest de Madagascar –, le Makay s’apparente à « une île dans l’île ». Formé de hauts plateaux couverts d’une végétation herbacée et arbustive typique de l’ouest, et de profonds canyons occupés par une forêt humide caractéristique de l’est de l’île, le massif, vu du ciel, prend des allures de labyrinthe minéral et végétal. Dans cet immense dédale de près de 4 000 km² (100 fois la surface de Paris), la biodiversité a évolué en quasi-autarcie, à l’origine d’un endémisme exceptionnel : 75 % des espèces présentes ici n’existeraient nulle part ailleurs.

 

Le palmier majesté (Ravenea rivularis). Seules quelques populations sont représentées dans le Makay.

 

Pourtant, malgré son relief escarpé et son éloignement, ce coffre-fort de biodiversité est la proie de pressions et de dégradations telles que le déboisement et les feux causés par l’expansion des pratiques d’élevage et de la monoculture en bordure du massif. Face à cette situation, l’expédition Makay 2017 cherche à recenser la biodiversité restée sous le radar de la science – avant qu’il ne soit trop tard. Ici comme dans quelques lieux encore à la surface de la Terre, il existe de profondes lacunes sur la connaissance du vivant. Les missions du projet Lost Worlds, lancées par Naturevolution dans les dernières terrae incognitae de la planète, cherchent à répondre à ce besoin.

 

Arbre mort, témoin des feux de brousse qui ravagent le massif du Makay et sa périphérie.

 

Pour cette expédition dans le Makay, des chercheurs et étudiants français et malgaches ont pour tâche de poursuivre l’inventaire de la faune et la flore initié en 2010 et 2011Six semaines d’investigation qui sont dédiées à l’étude des lémuriens, des eupléridés (mammifères carnivores endémiques de l’île), des oiseaux, des amphibiens et des reptiles mais aussi d’une biodiversité souvent « négligée » : fougères, mousses, insectes, invertébrés d’eau douce, poissons…

Dans l’esprit des sciences participatives, l’expédition Makay 2017 accueille également en son sein une soixantaine d’écovolontaires qui assistent les scientifiques dans leur travail, de la réflexion des protocoles jusqu’à leur mise en œuvre.

Sans oublier les logisticiens, l’équipe de tournage, les photographes, les illustratrices, les médiateurs scientifiques et les autres, ce sont 120 personnes qui se relaieront tout au long de la mission pour œuvrer à la réussite de cette aventure scientifique et humaine !

Furcifer lateralis, cette espèce de caméléon, très commune dans le Makay, est endémique du centre de Madagascar.