Pour les scientifiques, les expéditions conduites dans le massif du Makay ont tout d’un point de départ. Une fois leurs échantillons triés, ils sont analysés, envoyés à des experts internationaux, comparés, discutés, avant d’être finalement décrits. 

Un périple sinueux qui mènera les scientifiques quelques années plus tard – jusqu’à dix ans pour les groupes les moins étudiés – à la publication de premiers résultats. Un parcours indispensable qui prend tout son sens dans la mise à disposition de ces données à l’association Naturevolution et aux différents acteurs de la conservation du massif du Makay.

 

HISTOIRES DE DÉCOUVERTES

Chaque semaine, on vous raconte, comme au coin du feu, l’une des découvertes phares des expéditions menées dans le Makay.

Une compilation d’écrits, de photos et de vidéos à retrouver ci-dessous  🔽

De quoi passer l’été au frais !

 

LE LABORIEUX TRAVAIL TAXONOMIQUE

Mi-août. Alors que sonne l’heure du relais entre les deux équipes de l’expédition, une rencontre inattendue vient stopper notre progression entre les camps de Mahasoa et de BeoraDans cet étroit réseau de canyons, une minuscule grenouille tente de se frayer un chemin entre nos pas, dans les trous d’eau ménagés par nos empreintes. Une grenouille reconnaissable au premier regard. Une grenouille du genre Mantella  mais encore faut-il savoir laquelle

C’est là que les choses se compliquent car les mantelles présentent de nombreuses caractéristiques communes, tant au niveau de leur mode de vie que de leur morphologie. Le moyen le plus sûr de les différencier revient ainsi à examiner leurs patterns de couleur. Un dos de couleur rouge brique ; des flancs d’un noir profond ; un ventre, noir également, parsemé de tâches bleues jusqu’à la gorge où elles forment un croissant ; une ligne claire qui longe la lèvre supérieure. Pas de doute : nous avons entre les mains une représentante de l’espèce Mantella betsileo.

Mantella betsileo / Statut UICN : Préoccupation mineure  – Crédit photo : Natexplorers

 

#LeSaviezVous ❓ On vous a déjà abondamment parlé des dendrobates – ces petites grenouilles toxiques et colorées, emblématiques des forêts tropicales d’Amérique latine et du projet Entre Deux Amériques – mais jamais de leurs homologues malgaches : les mantelles.

Les premières sont endémiques d’Amérique latine, les secondes de Madagascar. Les deux sont de petite taille (entre 2 et 3 cm), diurnes et terrestres, arborent une coloration dite aposématique*… Bref, mantelles et dendrobates sont un parfait exemple de “convergence évolutive” : lorsque des taxons différents développent des caractéristiques similaires (morphologie, mode de vie, comportement…) par adaptation aux contraintes et conditions, souvent analogues, de leur milieu.

* Coloration aposématique (aussi appelée coloration d’avertissement ou coloration prémonitoire) : elle caractérise un animal ou un végétal qui exhibe des couleurs vives et contrastées pour avertir de sa dangerosité. Le message adressé est on ne peut plus clair : “Attention ! Je suis toxique.”

L’aposématisme est donc un mode de défense passif qui induit un danger (ou un désagrément) pour le potentiel prédateur : goût aversif, mauvaise odeur, projection toxique, poison, venin…

Pour aller plus loin :

–  article “Most Wanted : l’avis de recherche est lancé”

–  portrait vidéo “Manon, herpétologue”

 

UN CRABE DANS LE MAKAY ?

Voilà trois semaines que les carcinologues (spécialistes des crustacés) ratissent cours d’eau, lacs et marécages à la recherche de crustacés – passés sous le radar des scientifiques depuis le lancement des premières expéditions dans le Makay. C’était sans compter sur la rencontre inattendue de Megann avec… un crabe : “je prenais ma douche sous une petite cascade quand un crabe a surgi de sous un rocher”. La nuit tombe sur le camp de base. Nous décidons de reporter la recherche du décapode au lendemain matin.

Megann est la première en action. D’un geste précis, elle fouille sous chaque pierre, chaque racine, chaque branche morte. Soudain, des pinces émergent de l’eau trouble. C’est l’euphorie : le premier crustacé du Makay est bien là, sous nos yeux. La nouvelle ne tarde pas à se répandre jusqu’au campement. Nous confirmerons plus tard que ce crabe appartient bel et bien à une nouvelle espèce du genre Hydrothelphusa.

Hydrothelphusa nov. sp. / Statut UICN : Non évalué – Crédit photo : Natexplorers

 

#LeSaviezVous ❓ Ce n’est pas une… mais deux nouvelles espèces de crabes qui ont été mises en évidence au cours de l’expédition Makay 2017. Respectivement collectés par Megann (histoire ci-dessus) et Soudjay, les spécimens semblaient en tout point similaires morphologiquement. Enfin, c’est ce que l’on croyait : les analyses génétiques menées a posteriori ont révélé que ces individus appartenaient en fait à deux espèces distinctes du genre Hydrothelphusa.

Pour aller plus loin :

–  article “Un crabe dans le Makay”

–  portrait vidéo “Jean-François, carcinologiste”

 

LE LÉMUR BAMBOU

Les pieds plongés dans les eaux brunâtres du ruisseau, le regard fixé en direction de la canopée, Evrard et un groupe d’écovolontaires scrutent la végétation à la recherche d’Hapalémurs, plus communément appelés “lémurs bambous” – de petits lémuriens à la fourrure grise, aussi rares que discrets. Dans le bambou, qui constitue la part essentielle de leur alimentation, trois individus les observent avec curiosité, avant de disparaître aussi vite qu’ils sont apparus. Evrard, muni de son téléobjectif, tente d’immortaliser cette brève rencontre tandis que les écovolontaires, à quatre pattes dans la litière, s’affairent pour prélever quelques échantillons d’excréments tombés au sol.

L’analyse ADN réalisée au retour d’expédition révélera l’identité de l’espèce en question : l’Hapalémur de Ranomafana, Hapalemur griseus ranomafanensis, découvert en 2007 à l’est de Madagascar, dans le parc du même nom. La présence de l’Hapalémur dans le Makay semble appuyer l’hypothèse selon laquelle des forêts recouvraient autrefois les 200 kilomètres  quasi désertiques aujourd’hui  qui séparent ces deux régions clés pour la biodiversité malgache.

Hapalemur griseus ranomafanensis / Statut UICN : Vulnérable – Crédit photo : Evrard Wendenbaum

 

#LeSaviezVous ❓ 113 espèces et sous-espèces de lémuriens sont connues à Madagascar. Toutes endémiques de l’île, elles forment la famille de primates la plus menacée du monde.

Pour aller plus loin :

–  article “Most Wanted : l’avis de recherche est lancé”

–  article “La quête des Hapalémurs”

 

DES FOURMIS DANS LES ARBRES

À peine le briefing matinal terminé, que Jean-Jacques et ses collègues de la California Academy of Sciences (CAS) tapent déjà sur les branchages, retroussent l’écorce, secouent les feuillages pour déloger les fourmis qui s’y dissimulent et les recueillir dans un filet. Sur plusieurs décennies, l’étude minutieuse des fourmis a mis en évidence l’existence de près de 1 300 espèces sur toute l’île de Madagascar. Dans le cas du Makay, 169 représentantes de la famille des Formicidae ont été inventoriées par l’équipe du CAS depuis 2010 parmi lesquelles 40 espèces se sont révélées nouvelles pour la science ! À elles seules, les fourmis symbolisent l’extraordinaire potentiel de découverte du massif du Makay.

Aphaenogaster nov. sp. / Statut UICN : Non évalué – Crédit photo : Jean-François Cart

 

#LeSaviezVous ❓ L’échantillonnage de toutes les castes d’une colonie (larves, mâles, ouvrières et reine) a été indispensable à la validation de la découverte d’une nouvelle espèce de fourmi du genre Aphaenogaster.

Pour aller plus loin :

–  article “Most Wanted : l’avis de recherche est lancé”

–  documentaire “Exploration Makay” de Laure Bourru, qui a suivi l’équipe du CAS

 

SA MAJESTÉ LE PALMIER

Derrière les crêtes désertiques du Makay, nous pénétrons dans un dédale humide et verdoyant de canyons. Le contraste est saisissant. La végétation y est luxuriante, avec un foisonnement d’arums, de pandanus, de fougères… C’est dans ce marécage, où nous nous enfonçons jusqu’à la taille dans un sol bourbeux et couvert de débris végétaux, que le Palmier majesté (Ravenea rivularis) a élu domicile par milliers. Sa présence en abondance dans le massif offre une lueur d’espoir pour l’espèce, uniquement représentée par 10 populations disjointes * et en déclin dans l’ouest malgache. Pour le Palmier majesté comme beaucoup d’autres espèces, le massif du Makay mérite son statut de coffre-fort de biodiversité.

Palmier majesté (Ravenea rivularis) / Statut UICN : Vulnérable – Crédit photo : Natexplorers

 

#LeSaviezVous ❓ Pour moins de 2 euros sur internet, vous pouvez vous procurer – en toute légalité – 10 graines de Ravenea rivularis, pourtant classé “vulnérable” par l’UICN.

Paradoxe de notre époque : le Palmier majesté est devenu plus commun dans les jardins du monde entier qu’à Madagascar, où il occuperait en tout et pour tout… 108 km². Un confetti à l’échelle de l’île et de son aire de répartition originelle .

* Populations disjointes : populations d’une même espèce séparées par une distance importante.

 

PRIS AU PIÈGE PHOTOGRAPHIQUE

Des empreintes animales ont été décelées en nombre à proximité du camp de Beora. Les sacs sont préparés. Leur contenu vérifié encore plus méticuleusement qu’à l’accoutumé : un GPS, des batteries en extra et surtout, les pièges photographiques. Chaque jour, Sergio et Rohan relèvent ces pièges avec l’espoir d’y découvrir les preuves du passage d’animaux. Potamochères, rongeurs, lémuriens, oiseaux… Très vite, les photos et les vidéos s’accumulent, fournissant de précieuses informations sur la distribution de ces espèces. Quand, sous les yeux ébahis des jeunes scientifiques, apparaissent les toutes premières images dans le Makay de l’énigmatique fossa plus grand prédateur et mammifère sauvage de Madagascar.

 

Fossa (Cryptoprocta ferox) / Statut UICN : Vulnérable – Crédit photo : Naturevolution

 

#LeSaviezVous ❓ Seuls 2 500 fossas subsisteraient à l’état sauvage sur toute l’île de Madagascar. Le Makay est l’un de leurs derniers refuges.

Pour aller plus loin :

–  article “Au sommet de la chaîne alimentaire”

–  article “Most Wanted : l’avis de recherche est lancé”

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles “histoires de découvertes” – comme seul le Makay en a le secret !