La Revue Bouts du monde célèbre 10 ans d’aventures éditoriales dans ce numéro anniversaire ! Nous avons le plaisir d’y publier 10 pages tirées de nos notes d’expédition dans le massif du Makay, à Madagascar.

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Bouts du monde n°40

« L’époque rend les expéditions scientifiques plus nécessaires que jamais.

Barbara Réthoré et Julien Chapuis ont accompagné l’une d’elles dans le massif du Makay à Madagascar, véritable coffre-fort de la biodiversité qu’il faut protéger d’urgence. »

 

EXTRAITS

 

 

LE MAKAY NOUS OUVRE SES PORTES

Cinq jours. C’est le temps qu’il nous aura fallu pour rallier les contreforts du massif du Makay depuis Antananarivo, capitale de Madagascar. Rares sont désormais les lieux sur Terre où le temps et l’espace se mesurent à leur juste valeur : à la mesure des rencontres que seule la route nous réserve ; à l’échelle du paysage qui défile sous nos yeux au fond d’un camion brousse bringuebalant. Progressivement, la piste s’évanouit, comme partout ailleurs dans l’arrière-pays malgache. Reste nos jambes et pour seul moteur notre bipédie.

 

PREMIER CAMP DE BASE

Il est tôt. Le jour se lève à peine. D’immenses parois surgissent de l’ombre et viennent bientôt nous encercler. Bienvenue sur le camp de Mahasoa, planté au beau milieu de la vallée verdoyante du même nom, elle-même nichée au coeur du massif. L’heure est venue pour chacun – scientifique, étudiant, écovolontaire, artiste, etc. – de découvrir l’étendue de notre premier camp de base. Quelques hommes, aides de camp, s’affairent déjà. Ils ont été recrutés pour le temps de la mission dans les villages de la communauté Bara les plus proches. D’une efficacité redoutable, ils ratissent les environs à la recherche de bambou invasif qu’ils débitent à l’aide de leurs hachettes, traditionnellement arborées par-dessus l’épaule. En deux temps trois mouvements, la cuisine du bivouac et le laboratoire de camp se dotent de robustes bancs et tables. Un confort “grand luxe” qui facilite le travail d’inventaire effectué dans des conditions souvent difficiles, parfois rudes.

[…]

À la lueur des lampes frontales, ils sont nombreux à rejoindre quelques minutes ou quelques heures les chercheurs attroupés au laboratoire de camp, dans un amoncellement d’échantillons, de tubes, d’herbiers, de documents, de loupes binoculaires, d’appareils photos… C’est l’attraction du bivouac ! Entre trouvailles et retrouvailles, les uns content leurs (més)aventures de la journée ; les autres dévoilent avec fierté leurs découvertes faites entre monts et canyons.

ET ENSUITE ?

Dernier jour de mission. Nous quittons le massif du Makay et ses paysages dans lesquels nous avons vécu et évolué pendant six semaines, usés et affaiblis par une infection de la peau au staphylocoque doré qui a touché, par effet domino, l’ensemble du campement d’Andakatomenavava. Le choc du retour à la civilisation est d’autant plus violent que la sortie du massif est soudaine. En quelques kilomètres, nous passons de profonds canyons forestiers, sans horizon, à d’immenses étendues pelées au bout desquelles les premiers villages sont implantés – premiers signes de présence humaine, derniers témoins d’une nature sauvage que nous laissons derrière nous.

[…]

De retour en France, alors que terrain a depuis longtemps laissé place au travail de bureau et de laboratoire, le Makay est là, inscrit dans le marbre de notre mémoire : majestueux, monumental, préservant des écosystèmes uniques au monde et les espèces millénaires qui les peuplent. Mais jusqu’à quand ? Comme l’exhorte la philosophe Virginie Maris, il est temps de « décoloniser la nature », de « suspendre notre assaut, de laisser la nature reprendre son souffle ». La question est alors : que faisons-nous pour protéger cet autre monde, celui que nous n’avons pas créé, celui de la nature sauvage ? Qu’il se trouve au fin fond du Makay comme au coin de la rue, dans l’anfractuosité d’un mur ou au milieu de notre jardin.

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Retrouvez le récit d’expédition de Barbara et Julien en Amérique centrale dans le numéro 30 de la Revue bouts du Monde